Soutien au voilier des airs

Publié le 19/02/2021

Vous pouvez soutenir Stéphane Rousson pour son prochain vol:

Stéphane Rousson sur son aérosail tentant la traversée de la Manche en 2012

Cliquez pour participer et contribuer au financement du projet qui aura lieu du 28 avril au 5 mai 2021

P.S.: Contrairement à sa précédente tentative aérienne, ce projet se déroulera sans pédales, il reste néanmoins très original.

J’ai connu Stéphane Rousson à Paris en 2011 pour écrire son portrait dans le quotidien suisse La Liberté (6.11.2011), puis l’ai repris sous le titre de “Le pédaleur ailé: éloge de la lenteur ” (pp. 47-52) dans mon livre L’insoutenable légèreté de la bicyclette paru aux éditions Olizane en 2012.

En voici l’intégralité:

Stéphane Rousson ou l’insoutenable légèreté de l’air

Un engin de rêve

Terrestre, marin, sous-marin ou aérien, le vélo explore tous les terrains et se conjugue à l’infini, comme “love “, son anagramme. De la Laufmachine du Baron Drais vers 1820 à la première traversée de la Manche à bord du Gossamer Albatros (avion à pédales) en 1977, il fertilise l’imagination, la littérature, le cinéma et la technologie ? Dès sa naissance, le petit monde de la pédale ne connaît aucune frontière et devient le complice des entreprises les plus folles. Prenez les frères Wright, ces géniaux inventeurs qui effectuèrent le premier vol à moteur en 1903: eh bien, il furent tout d’abord marchands de cycle dès l’apparition des roues en caoutchouc à dimensions égales en 1892. Et puis songez aux inventions fondamentales du pneumatique (Dunlop,1891) et de la chambre à air (Michelin, 1893) à destination du vélo qui furent appliquées avec succès à l’automobile et à l’aviation. Aujourd’hui encore, le premier fabricant de roue de vélo de compétition en fibre de carbone1 produit également les cadres de fuselage en matériaux composites -les pièces critiques pour la structure de l’Airbus…

Tête dans le guidon et dans les étoiles

Juin 2010. Dans une halle gigantesque du musée de l’aéronautique du Bourget , Stéphane Rousson gonfle son ballon à l’hélium aux côtés de deux Concorde assagis, le fleuron supersonique de l’aviation civile française dans les années soixante. Le ballon à pédales de ce quarantenaire bombe fièrement le torse dans un record assuré de lenteur qui ne nous guérira pas de l’enfance, bien au contraire: il décoiffe notre imaginaire. Mais tout à coup, sa drôle de machine frôle un aileron du Concorde. Soudainement épinglé, il crève et met Rousson dans tous ses états, révélant en un seul instant la fragilité d’un projet et celle de son créateur. Malgré cela, le pédaleur des airs considère le profil de son puissant voisin d’un bon oeil: ” J’admire le Concorde, il fait partie de l’histoire de l’aéronautique et il me fais rêver alors c’est un honneur que d’être à coté de lui. Il représente une époque, mais surtout une volonté de réussir une machine extraordinaire qui a nécessité un bon nombre de têtes bien remplies!”

Poésie contre technique

Stéphane nous convie à ” un voyage à la lisière de l’utopie “, plus proche de la poésie (fatalement aérienne) que d’une quelconque prouesse technique, une virée où le vide est plus important que le plein, comme aux balbutiements de l’aviation. Cet âge d’or d’un point de vue contemporain tua tout de même au début du XXème siècle plus d’un homme s’élançant dans les airs muni de deux ailes… Puis apparurent les premiers avions au fuselage d’oiseau et aux ailes inspirées des chauve-souris. Léonard de Vinci et d’autres démontrèrent que si la science se nourrit de rêve, elle se développe par la recherche appliquée, d’une façon empirique, à partir de maquettes ou d’expériences vécues.

Mais diable, après quoi Stéphane Rousson pédale-t-il , lui qui n’a apparemment que faire de s’inscrire dans une quelconque filiation de pionniers de l’aéronautique? Même si de fait, il est le premier homme à avoir tourné ses pédales dans l’air, sur terre et dans l’eau, sans jamais les perdre!…” Le principal » dit-il simplement ” est de faire rêver les gens “. Ce qui fascine cet hyperactif dans l’acte de voler est ” le calme et la vitesse lente, le fait de voler en basse altitude et de pouvoir avoir le temps de regarder ce qui se passe “. Il parle de son ballon à pédale comme d’une femme fatale.

Un inventeur fou

Sa passion remonte à des souvenirs de jeunesse : au vol de l’ Albatros Gossamer sur la Manche, à celui fantastique de Piccard et Jones autour du monde, mais aussi au film E.T. et cet enfant qui déjà pédale sur un vélo puis s’ envole. Mais Rousson au parcours ” chaotique ” comme il le dit lui même, tient avant tout à vivre ses propres aventures: « l’ envie de faire des milliers de choses… curieux, bricoleur, j’ai dû passer tout mon temps libre dans le garage à fabriquer des avions en modèle réduit, des bateaux et divers objets qui ressemblent à rien; toutes sortes d’essais… de la fusée , à l’explosif en passant par les vélos ! ». Il aurais souhaité faire une carrière de skieur professionnel, de pilote d’essai ou de ligne, voir d’astronaute. Stéphane Rousson fut un adolescent dyslexique, se distingua dans des compétitions de ski et sillona le monde à vélo. Après un BTS en commerce international, ses études de pilote de ligne s’achèvent brutalement lorsque sa compagnie ferma les portes le 11 septembre 2001…

C’est la chance de sa vie, sublimatoire, de se lancer corps et âme dans son rêve d’enfance: traverser la Manche (55km) avec une machine volante. Lorsqu’en 2001, il a vent du Zeppy, un zeppelin à pédale qui croupit dans un hangar, ni une, ni deux, il rencontre l’un des ses créateurs, Jean-Marc Geiser, trouve des financements, lui l’achète, le répare, le perfectionne et l’oiseau déchu reprend son envol en 2006.

Sur la piste “selleste”

Entretemps, aussi brouillon que passionné, il se démène pour construire son propre ballon à pédale gonflé à l’hélium dont l’enveloppe sera produite par des couturières confectionnant habituellement des capitons de cercueil! En contemplant son rêve devenir réalité, Stéphane Rousson est au septième ciel. L’engin reste à peine plus lourd que l’air: il faut pédaler pour décoller. Le pédalier est relié à deux hélices de 3 mètres d’envergure. Pour décoller, il les place à l’horizontale comme un hélicoptère puis les bascule pour se propulser. A chaque instant, l’inclinaison des hélices permet de diriger le ballon. Mais gare au vent: au-dessus de 10 kilomètres à l’heure, il risque d’emporter ballon et pilote comme Icare brûlé par le soleil.

Et pour corser le tout, l’hélium est un gaz très sensible: il se dilate à la chaleur et se contracte au froid. Dans l’idéal, il faut ainsi partir à marée haute au lever du soleil, quand la température s’élève peu à peu, alors propulsé vers le large par une brise de terre.

Au terme de cinq ans de préparation, Stéphane s’impose un régime alimentaire et perds douze kilos. Le 10 juin 2008, il se lance de la côte anglaise, mais le vent lui vole presque aussitôt tout espoir. La mort dans l’âme, il abandonne, mais remet cela le 28 septembre de la même année, deux jours après qu’un autre drôle d’oiseau, Yves Rossy dit alors “Fusion Man 2“, ne traverse la Manche sur son aile en carbone à 299 kilomètres à l’heure en 9 minutes et 7 secondes. Stefan roulera durant quatre heures quelques 35 kilomètres sur sa piste “selleste “, mais le vent l’empêche à nouveau de poursuivre. Obstiné, il pédalera encore trois heures et demie dans le yogourt avant de remballer le tout sur un bateau qui l’accompagnait, comme un grand mouchoir pour éponger sa tristesse.

Eloge de l’inutilité

Stéphane Rousson évoque sa tentative avortée de traversée de la Manche en terme de “non-réussite “, un euphémisme d’échec à peine voilé… mais ne se sent pas abattu pour autant. Il rêve encore les yeux éveillés, à une traversée de la Méditerranée jusqu’en Corse avec le système dit du ” chien de mer “, une corde liée à une quille permettant de tirer parti des courants marins. Un système à valider, comme une étape obligatoire pour réaliser un jour le rêve parmi ses rêves: l’Atlantique!

3. En attendant, à quarante ans, il peine à joindre les deux bouts, vivant en partie chez ses parents, chez son amie en espérant la venue d’ un mécène qui lui permette de relancer un projet galvanisant et fusionnel, une élévation avec son ballon, loin des contingences et du stress…Naît pas dirigeable qui veut. Aux dernières nouvelles, Stéphane Rousson se prépare avec son « Scubster » à participer en juin 2011 à la 11ème course internationale de sous-marins à propulsion musculaire! Attention, vitesse maximale 10 km/h!

Claude Marthaler

1 www.duqueine.fr

2 Fusion Man ou Jet Man: www.jetman.com

3En 1993, son mentor Gérard Feldzer (entre autres directeur du Musée de l’Air et de l’Espace du Bourget, www.museeairespace.fr, et commandant de bord A340 ) et Nicolat Hulot tentèrent la traversée de l’Atlantique en ballon dirigeable à pédales, batturent le record du monde de la catégorie, mais après quelques 2500 km et 20.000 heures de vol, jettèrent l’éponge non par faille technique mais par empressement et, privé de radio, par peur de l’inconnu…

4 www.scubster.org