« Full Tilt » de Dervla Murphy, le 20 mai en français et en librairie! Interview exclusive de Damien Joron, son traducteur
Publié le 03/05/2026
Passant par Marseille au retour de mon voyage à vélo de deux mois cet hiver au Maroc et en Algérie, j’ai eu la chance de rencontrer chez lui Damien Joron*, le traducteur deFull Tilt (John Murray, 1965), le premier livre paru de Dervla Murphy, la grande écrivaine de voyage irlandaise qui nous a hélas quitté le 22 mai 2022, nous laissant une oeuvre foisonnante. On peut à juste titre s’étonner que la littérature anglophone de voyage soit parfois si peu traduite en français et regretter que Full Tilt ne le fut pas du vivant de son autrice, si reconnue hors du monde francophone pour la qualité de ses écrits et son plein engagement de pionnière du voyage à vélo. Espérons donc que cette traduction soit l’amorce d’un mouvement à venir plus généreux.

Vous retrouverez le portrait de Dervla Murphy en intégralité dans mon ouvrage A tire-d’Elles. Femmes, vélo et liberté (Slatkine, 2016), en pages 166-173:Dervla Murphy, La pensée en roue libre , fruit d’une rencontre chez elle, à Lismore, le 27 juin 2014, en compagnie de Claire Carvallo.
INTERVIEW de DAMIEN JORON par CLAUDE MARTHALER (C.M.) le 3 mai 2026:

Photo: courtoisie Damien Joron
*Né à Paris, Damien Joron grandit à Saint-Malo dans les années 1980. Il y acquiert une passion pour le vélo, les récits de mer, et les livres en général. Angliciste et géographe, il fait un long séjour de terrain à Zanzibar, avant de terminer ses études universitaires à New York. Il vit aujourd’hui à Marseille, où il continue, parallèlement à son métier d’enseignant, à se former à la traduction littéraire.
C.M.: Dans son autobiographie intitulée Wheels within wheels (John Murray, 1979), l’écrivaine de voyage irlandaise Dervla Murphy (1931-2022) nous raconte son enfance et sa jeunesse dans la campagne auprès de ses parents, et dresse le portrait de ses quatre grands-parents dublinois. Un premier tour à vélo de 50 km à l’âge de 11 ans la marque à vie et forge son destin de voyageuse. Elle ne put cependant réaliser ses rêves qu’après avoir accompagné sa mère invalide jusqu’à ses derniers jours.
Et toi Damien, quel fut le déclic pour traduire en français cet ouvrage ?
En 2021, pour des raisons personnelles et professionnelles, j’ai eu envie de faire de la traduction. Un heureux hasard m’avait conduit à Dervla Murphy : une vingtaine d’années auparavant, j’étais tombé sur Wheels within wheels chez un bouquiniste. Cette autobiographie m’avait passionné. Notamment parce que le livre évoque l’histoire de l’Irlande, un pays qui m’intéressait de longue date. L’autrice retrace, entre autres, les choix douloureux auxquels les indépendantistes irlandais ont été confrontés en 1922, lorsque la Grande-Bretagne a proposé de partager l’Irlande en deux. Elle reproduit les lettres émouvantes échangées entre son père, incarcéré pour avoir caché des armes, et son grand-père adoré, un intellectuel un peu fantasque habité d’une grande ferveur démocratique. Le livre présente aussi toute une série de personnages campagnards savoureux, et critique vertement (!) la pression sociale que les femmes irlandaises subissaient à l’époque, à cause du conservatisme de la religion catholique. Par ailleurs, il est écrit dans une langue élégante, et truffé d’humour et d’anecdotes. Bref, c’est cet ouvrage que j’ai voulu traduire pour mon mémoire de Master de traduction littéraire. J’avais déjà en tête de traduire par la suite le palpitant Full Tilt, le premier livre de Dervla, paru en 1965. Cependant, malgré son intérêt et ses qualités, les éditeurs n’étaient pas prêts à publier Wheels within wheels. Mais j’ai reçu des conseils d’éditeurs indépendants comme Charles-Henri Lavielle des éditions Anacharsis. Et Christophe Guias des éditions Payot m’a encouragé à poursuivre et laissé entrevoir qu’il pourrait publier Full Tilt. C’est ce qui s’est effectivement passé, mais cela n’a pas été simple, il a fallu beaucoup insister pour que cela se concrétise !
C.M.: Comment d’ailleurs traduirais-tu au plus près l’expression biblique wheel within a wheel que Dervla Murphy a mise au pluriel pour nous raconter une tranche de sa vie ?
Cette expression est difficile à traduire, et j’avais d’ailleurs proposé un titre alternatif. Elle signifie littéralement “des roues qui tournent à l’intérieur d’autres roues”. C’est en effet une expression qui vient de la Bible, d’un passage d’Ézéchiel. L’expression est passée en anglais dans le langage courant, pour désigner le mécanisme ayant abouti à une décision ou une réalisation. Parfois traduite par “engrenages”, elle a servi de titre à des romans policiers ou de science-fiction.
Elle s’appliquait très bien à l’autobiographie de Dervla, qui présente plus qu’une tranche de vie : tout l’arrière-plan de sa vocation d’écrivaine-voyageuse et le parcours semé d’embûches qu’elle a suivi pour y parvenir. En outre, l’expression convenait évidemment à merveille pour évoquer son destin de cycliste. Mais c’était difficile de rendre ça en français. Si ma traduction de Wheels within wheels est finalement publiée, je proposerai quelque chose comme Portrait de la cycliste en jeune femme. Mais rien n’est fait, et cela peut encore changer. Wait and see !
C.M.: Et que signifie Full Tilt, titre de son premier livre et comment l’as-tu traduit ?
Full tilt est un titre qui présente également des difficultés de traduction. Le livre raconte la traversée de l’Europe et de l’Asie que Dervla Murphy a faite à vélo en 1963. L’expression full tilt vient probablement des joutes de chevalerie, tilt étant un équivalent de joute. Elle signifie “à pleine vitesse”, “à fond”, et a été reprise dans le domaine des transports avec le sens de “pleins gaz”, “à toute vapeur”, etc. Mais naturellement, cela ne pouvait pas convenir pour un voyage cycliste. Dervla Murphy a longtemps été empêchée de faire ce voyage, et ce n’est qu’après le décès de sa mère qu’elle a pu réaliser ce projet qui lui tenait à cœur depuis l’enfance. Peut-être que le choix de cette expression vient de là, du fait que tout à coup, l’horizon se dégageait pour elle : elle pouvait enfin s’engager à fond dans cette aventure. À moins que ce ne soit en référence à la vitesse avec laquelle elle couvre les distances au cours de son périple. Auquel cas, il y a une pointe d’ironie, car à vélo, la vitesse est quand même limitée. D’autant que Dervla Murphy n’a pas toujours foncé, elle a pris le temps de visiter les pays traversés.
Pour ce livre qui raconte une échappée à vélo, un voyage émancipateur, j’avais trouvé un titre de travail : c’était En roue libre. Mais c’était trop commun, et nous avons cherché quelque chose de plus frappant. C’est finalement l’expression “à toute blinde !” qui s’est imposée. Ce titre avait l’avantage de conserver l’idée et l’énergie du titre original. Et j’aimais l’idée qu’il suggère un contenu drôlatique et rocambolesque. Christophe Guias l’a accompagné d’un sous-titre qui renforce cet effet, tout en explicitant le fait qu’il s’agit d’un périple à vélo.

C.M.: Au sortir de ta traduction, quels sont les premiers mots ou adjectifs qui te viendraient à l’esprit pour qualifier cette grande voyageuse et talentueuse écrivaine ?
Son ouverture d’esprit, sa capacité à apprécier l’instant présent, à prendre les choses comme elles viennent, à être empathique, à s’amuser de petites choses, à être drôle. Et bien sûr, son endurance. Toi qui l’as rencontrée chez elle, tu as sans doute senti ces qualités humaines extraordinaires, qui lui ont ouvert beaucoup de portes et permis d’être acceptée et appréciée partout où elle est passée. C’est grâce à cela qu’elle a reçu, entre l’Irlande et l’Inde, la protection de centaines de personnes : des bienfaiteurs anonymes lui offrant un thé ou des cigarettes avant de disparaître, mais aussi des bergers, paysans, chauffeurs de poids lourds, étudiantes, fonctionnaires, chefs de cantons, officiers, soldats, religieuses, médecins de campagne, et même gouverneurs de province, tous ravis de prendre sous leur aile une hôte si joviale et valeureuse.
C.M.: Que t’inspirent ses écrits ?
Beaucoup d’admiration. Dervla Murphy a voyagé aux quatre coins du monde : en Europe, en Afrique, en Asie, en Amérique du Sud, en Russie, au Moyen Orient. Elle s’inscrit dans une tradition européenne consistant à voyager pour faire ses humanités et à en rendre compte par écrit, même si ces voyages étaient au départ réservés à une élite. Ce n’est que dans les années 1950 que des gens ont commencé à voyager sac au dos, en “routards”, avec notamment l’engouement des hippies pour l’Inde et le Népal à la fin des années 1960.
Dervla Murphy est un peu à l’intersection de l’approche classique du voyage et des premières virées “sac au dos” : d’un côté, elle vient d’un milieu lettré, c’est une grande lectrice qui a visiblement rêvé en lisant des récits de voyage ; de l’autre, elle voyage sans le sou, en refusant que cette contrainte économique la prive de découvrir le vaste monde.
Elle critique les effets du tourisme sur les sociétés traditionnelles. Elle perçoit la manière dont il sape leur authenticité, leurs valeurs d’hospitalité et de générosité. Il faut se rappeler qu’elle écrit à un moment où de nombreux de pays viennent d’accéder à l’indépendance. Or, elle décèle le colonialisme présent dans les projets de “développement”, et n’hésite pas à rejeter la modernité qui fascine les habitants des pays pauvres.
Grâce au vélo, qui n’était pas encore conçu pour cela, Dervla Murphy a adopté, de manière assez pionnière, un mode de déplacement permettant de couvrir de grandes distances et de voyager au plus près des populations locales. Elle voyage ainsi en citoyenne du monde. Elle va au devant des gens, accueille toutes les rencontres. Et chérit plus que tout son indépendance, non seulement personnelle, physique, mais aussi intellectuelle, ne se réclamant jamais d’aucune chapelle. Rappelons aussi que, comme Ella Maillart, Dervla Murphy était une sportive accomplie, une femme qui prenait plaisir à éprouver son corps, à repousser ses limites, et à en ressentir une forme de griserie.
Ses livres sont enfin pour moi une source d’inspiration : on aimerait voyager comme elle, avec cette infatigable énergie, cette décontraction, cette curiosité, cette confiance, ce mépris du confort. C’était vraiment une approche nouvelle à l’époque, et j’ai l’impression que ça l’est toujours, en fait. En plus, si je pense à d’autres grandes figures du voyage comme Nicolas Bouvier et Thierry Vernet, je remarque qu’ils ont voyagé en voiture, sans s’exposer aux éléments, et sans être seuls comme Dervla Murphy a choisi de l’être. Cela dit, cette solitude ne durait jamais bien longtemps : d’une part, elle ne se séparait presque jamais de son vélo Roz, personnage à part entière du récit ; et d’autre part, comme je l’ai dit, elle a été régulièrement invitée chez l’habitant, y compris, au Pakistan, par les personnes les plus haut placées de la société !

C.M.: A quoi reconnaît-on ses propos, ses valeurs, sa manière d’écrire, son style ?
Dervla Murphy a vraiment un style à elle, dans lequel on rentre peu à peu et qui devient vite très confortable. Elle écrit de manière littéraire : elle fait des descriptions de paysages, avec des phrases plutôt longues, des subordonnées, et pratiquement aucun dialogue. Mais le texte se compose de paragraphes relativement courts, qu’on boucle comme un tour de pédalier, qu’on avale comme les kilomètres de la route. Et la lecture est aisée car le style est vif, avec beaucoup d’humour, sous forme d’ironie ou bien d’autodérision, et un art consommé de la chute.
L’écrivaine fait également beaucoup d’incises et utilise pour cela les tirets. Elle y recourt aussi pour décocher quelques mots en fin de paragraphe et créer un effet de surprise, une chute comique par exemple. Cet usage des tirets est très courant dans la langue anglaise. Il est moins systématique en français. Dans un premier temps, je les ai donc presque tous enlevés pour les remplacer par des virgules, des parenthèses, ou de courtes phrases nominales. Et puis finalement, je les ai remis, parce qu’ils dynamisent le texte et lui donne une nervosité que l’éditeur cherchait à préserver voire accentuer.
Ce qui distingue son récit par ailleurs, c’est qu’en tant que cycliste, elle est constamment en prise avec les éléments : le vent, la pluie, le soleil, la neige, les odeurs. Elle en rend compte en permanence. De même, elle évoque beaucoup la qualité du revêtement de la route : parfois épouvantable, il complique plus d’une fois sa progression, mais peut aussi – plus rarement – la transformer en moment de plaisir.
Enfin, son écriture est plutôt soutenue, sans toutefois être savante. Dervla Murphy revendique cette approche : elle n’a pas un savoir encyclopédique, et compte découvrir et apprendre sur place. On n’est pas dans Julien Gracq, où l’érudition et la recherche lexicale sont admirables mais rendent parfois la lecture ardue ! Par ailleurs, quand Dervla exprime ses humeurs, elle le fait sans écart de langage : le texte ne contient pas le moindre gros mot. Or, dans une narration en français, on est souvent tenté de recourir à l’argot pour créer un effet drôle ou établir une complicité avec le lecteur. Ici, il valait mieux, je pense, s’en abstenir.
C’est d’autant plus remarquable que ce texte est au départ un simple journal de bord, écrit pour informer et divertir ses ami.e.s. Dès qu’elle le pouvait, Dervla Murphy postait un épisode de son récit à destination de l’Irlande. Le texte publié est resté pratiquement intact, et on sent que l’autrice cherche avant tout à satisfaire l’appétit de ce tout premier lectorat pour le dépaysement, le pittoresque, l’anecdote. Elle s’adresse parfois directement à eux, ce qui est émouvant.

Sortie en librairie le 20 mai 2026, soit à deux jours près, 4 ans après le décès de Dervla Murphy
C.M.: Qu’est-ce qui t’a le plus impressionné dans ce périple ?
Aujourd’hui, on hésiterait à prendre la route comme l’a fait Dervla Murphy dans les années 1960, particulièrement à destination de l’Iran et de l’Afghanistan. Et a fortiori seul, ou plutôt seule ! Mais Dervla Murphy ne s’en soucie guère, et sans être inconsciente, “impose sa chance”.
Elle connaît de multiples avaries mécaniques. Fait face à quantité d’interdictions. Manque de se faire détrousser de son vélo. Se heurte à la violence des mollahs dans les villes religieuses de l’Iran. Ruse à l’occasion, en se faisant passer par exemple pour un homme. Utilise une fois son revolver pour se défendre d’un agresseur. Et doit employer la force pour éviter de se faire violer en Azerbaïdjan… Face à ces menaces et ces intimidations, non seulement elle ne s’est jamais laissée faire, mais quelle force de caractère elle a eue pour ne pas rester accablée et au contraire poursuivre sa route et s’émerveiller de tout ce qui l’entoure ! C’est fou !
C.M.: Qu’est-ce qui t’a donc donné des ailles pour traduire Full Tilt, Ireland to India with a Bicycle (John Murray, 1965), son tout premier livre qui la fit véritablement entrer en littérature ?
J’avais envie de faire connaître ce personnage étonnant, et j’ai été séduit par le ton de ce récit de voyage qui ne se prend pas au sérieux, qui ne se glorifie pas d’exploits mais au contraire prône les plaisirs minuscules et la modestie. Une chose attachante, d’ailleurs : Dervla Murphy parle peu à la première personne du singulier. Elle utilise plutôt le “nous”, pour parler du couple qu’elle forme avec son fidèle Roz. Elle humanise ainsi ce compagnon de route (ou cette compagne, car en anglais le vélo est au féminin !), qu’elle respecte infiniment et dont elle prend grand soin. Cet aspect est très charmant, particulièrement pour les cyclistes.
J’avais dans l’idée de traduire ce texte après Wheels within wheels, son autobiographie publiée en 1979, car cette dernière évoque la genèse de sa passion pour le vélo. Et c’est dans cet ordre là que j’avais découvert ces ouvrages. Mais l’éditeur Christophe Guias m’a suggéré de commencer par ce texte publié en 1965, son tout premier et certainement le meilleur pour découvrir Dervla Murphy. Et la traduction a été comme un voyage au long cours. Je suis allé voir de temps en temps des images des paysages époustouflants qu’elle décrivait. J’ai vraiment eu l’impression de voyager en sa compagnie !
C.M.: Es-tu toi-même un cycliste du quotidien ou un cyclotouriste ? Un auteur ?
Je suis essentiellement un cycliste urbain, mais j’ai déjà fait du cyclotourisme dans le Jura, en Bretagne et dans les îles britanniques. Et mon entourage, mes amis proches, ma famille, et mes enfants sont mordus de vélo.
C.M.: En quoi ta vie (de traducteur et de cycliste) a-t-elle changé après cette immersion dans ces deux ouvrages de Dervla Murphy ?
Cette immersion dans Full Tilt / À toute blinde ! m’a redonné envie de randonner pendant de plus longues périodes à vélo, ou même à pied. Quant à ma vie de traducteur, elle commence tout juste, donc j’espère qu’elle va se poursuivre et s’épanouir !
C.M.: Un lecteur peut-il se sentir aussi proche d’un auteur/d’une autrice que son traducteur ?
En tant que traducteur, je crois qu’on a un degré de familiarité avec le texte qu’un lecteur peut difficilement atteindre. On lit et relit certains passages difficiles jusqu’à les connaître presque par cœur ! Et il arrive que les phrases qui vous donnent du fil à retordre vous hantent la nuit ! De temps en temps, une page du livre nous paraît aussi constituer une faiblesse, un défaut, alors qu’un lecteur ne s’appesantira sans doute pas dessus. Un traducteur est amené à regarder un paysage à la loupe et s’applique à en faire ressortir toutes les fleurs et les brins d’herbe, tandis que les lecteurices ont davantage de recul et embrassent une vue d’ensemble. Mis à part ces différences, un lecteur ou une lectrice peuvent bien entendu partager le même enthousiasme pour un auteur ou une autrice.
C.M.: Un traducteur est-il un passeur ?
Je l’espère. Le traducteur essaie de rendre le style d’un.e écrivain.e, il est lié à son auteurice par une forme de fidélité, y compris si il/elle n’est plus de ce monde, et peut-être même encore plus dans ce cas. Par ailleurs, on peut se sentir passeur quand on apporte un projet à un éditeur. Dans la plupart des cas, ce sont les éditeurs qui confient la traduction d’un livre à un traducteur. Mais le traducteur peut aussi proposer un texte qui l’a touché, et essayer de convaincre l’éditeur de le publier. C’est comme ça que À toute blinde ! a fini par être publié, et je suis ravi que les lecteurs francophones puissent enfin découvrir cette grande dame qu’est Dervla Murphy.
C.M.: Comment vas-tu célébrer la publication de A toute blinde, De l’Irlande à l’Inde avec un vélo, douze stylos et un pistolet? En selle ?
L’été dernier, alors que je traduisais À toute blinde !, j‘ai fait un voyage dans la région de Lismore, où Dervla Murphy a grandi. J’aurais aimé la rencontrer, mais j’ai fait ce voyage un peu trop tard. Le mythique Roz est exposé dans la petite bibliothèque de la ville. J’ai découvert à vélo les paysages de ses premières escapades cyclistes, notamment la vallée de la Blackwater, et les monts Knockmealdown, un chaînon montagneux couvert de sources, de bruyères et de moutons, qui rappelle les paysages écossais. Et cela m’a beaucoup porté de rencontrer des locaux qui avaient bien connu Dervla Murphy et qui étaient très enthousiastes à l’idée qu’elle soit traduite en français. Elle a publié une vingtaine d’ouvrages, c’est une écrivaine connue en Irlande. En outre, l’Irlande est un pays qui respecte et célèbre énormément les écrivain.e.s. Cette année, j’aimerais prolonger ce séjour en faisant une boucle plus longue dans le Kerry et le Connemara.
C.M.: Quels sont tes projets en matière de traduction, d’écriture ou de voyage à vélo ?
J’espère que ma traduction de Wheels sera publiée dans la foulée de Full Tilt. J’ai envie de continuer à faire connaître des personnalités de voyageuses, comme l’Américaine Annie Londonderry qui a fait le premier tour du monde à vélo à la fin du XIXe siècle. Je songe aussi à traduire un récit de voyage en Afrique écrit par une femme dans les années 1930. J’ai aussi un projet de traduction d’un court récit de piraterie du XVIIIe siècle qui a inspiré Defoe. C’est un projet des éditions Anacharsis resté en stand-by que je souhaiterais relancer. Et je suis ouvert à toute proposition, que ce soit du côté du voyage, en particulier au féminin, ou d’autres horizons.
Côté vélo, en plus de la virée irlandaise que je compte faire, j’ai trouvé très touchant et inspirant le récit de ton voyage en Algérie, ce compagnonnage improvisé et fraternel que tu as vécu avec des jeunes qui se sont libérés et organisés pour faire un bout de route avec toi. Ton expérience m’incite à mettre le cap un jour vers ce pays si proche de Marseille, à la fois étranger et familier. Sinon, j’aimerais bien partir à vélo vers l’Europe de l’est, en suivant les traces… de Dervla Murphy !
Claude Marthaler
Pour rouler plus loin:
Hommage à Dervla Murphy by Sinéad Crowleysur RTE News à Dervla Murphy; sous la plume deVeronica Horwell in The Gardian,Dervla Murphy, écrivain voyageur, 1931-2020 d’Olivier Quirion dans le Grand Plateau ou Following Dervla de Willie Weir (June 30 2022) et Dervla Murphy dies (August/September 2022), ces deux derniers articles paru dans Adventure Cyclist magazine.
Bibliographie (chez Eland):https://www.travelbooks.co.uk/dervla-murphy/