Ladakh/Zanskar #5: Une histoire du Khardung-la

Publié le 22/08/2026

Photo: Khardung-la (5359m), septembre 2002, Yak en bonne compagnie des Lausannois Jean-Christophe Boillat, Pierre Cauderay et feu Nicolas Weibel, fondateurs de jaccuzzi.ch.

Mais que diable, quelle fière mouche a donc piqué la Borders Roads organisation (BRO)? Bien que bien vite contredite par les premiers résultats des altimètres ou GPS personnels, a-t-elle osé afficher durant autant d’années la hauteur de ce col à 18380 pieds, soit 5602, 2 mètres d’altitude, faisant de celui-ci, selon la BRO « la plus haute route carrossable du monde, alors que son élévation réelle est de 5359 mètres? Un majoration mensongère de 243,2 mètres et une différence notable pour tout cycliste.

En 1990, je parvenai au Ladakh à vélo pour y passer tout l’été, depuis Kathmandu via les quatre sources du Gange et le franchissement du Tanglang-la (5328 m) sous un soleil radieux, à cette époque considéré (c’est écrit!) comme la deuxième plus haute route carrossable au monde. J’avais 30 ans. Cette photo servi d’ailleurs d’affiche pour mes tous premiers diaporamas (en italien!), au Tessin, en 1992.

En 2002, lors de mon deuxième séjour à vélo au Ladakh, pédalant depuis Delhi puis Shimla et le Lahaul et Spiti, je le franchi un seconde fois (pas de photo sous la main). Enfin, tout récemment, le 20 août dernier, soit 36 ans plus tard que la première fois, je l’empruntai encore, entre pluie et brouillard:

Faute d’orthographe pardonnée, le Tanglang-la, comme vous l’aurez constaté, a régressé cette fois-ci à la douzième place dans la hiérarchie des plus hauts cols carossables du monde, témoignant d’une récente construction frénétique de routes stratégiques de haute altitude au Ladakh.

Ce 6 août 2026, je montai à nouveau au Kardung-la depuis Leh (et pour la troisième fois en tout) – le panneau cette fois-ci indiquant une élévation de 17982pieds, soit 5480.9 mètres, minorant le mensonge de la BRO à quelques 121, 9 mètres près, au lieu de son altitude réelle comme on la vu, de 5359 mètres… De quoi perdre ses pédales!

Mais revenons à nos moutons, en 1990, où, me rendant à l’office du Deputy Commissioner de Leh (la plus haute autorité politique dans le domaine des autorisations de passage) pour demander le droit de gravir à vélo le Kardung-la il me fut catégoriquement refusé. Deux Indiens chevauchant des motos 125 cc, alors présents par hasard au même moment dans le même bureau, eux, reçurent le feu vert. Un brin chiffonné, je poursuivis alors mon voyage via Srinagar et Jammu dans un Cachemire sous haute tension. Lisant alors la presse quotidienne anglophone, je tombai un jour sur une photo de trois cyclistes indiens, de véritables héros nationaux et leurs Héro cycles, posant fièrement au sommet du Kardung-la!… Un peu plus tard, je visitai le plus grand producteur au monde de vélo à Ludhiana, interloqué cependant par les dures conditions de travail. L’usine m’offrit deux pneus et chambres à air qui ne tiendraient pas longtemps la route avec mon chargement de yak. Je m’empressai de les donner à un cycliste indien. Non, je ne suis décidément pas un Héro!

Hors donc, en 2002, par le plus heureux des hasards, ces trois comparses helvètes me reconnurent dans les rues de Leh et nous décidâmes aussitôt de monter ensemble au Kardung-la. J’allais donc, 12 ans plus tard que souhaité en découdre avec « le col le plus haut du monde ». Et enfin vivre le Graal de tout grimpeur!… Je crevai à la sortie de Leh. Un an après mon retour de mon tour du monde à vélo, mes amis ne se privèrent pas de ce moquer de mon triste sort, mais en fidèles équipiers, m’aidèrent aussitôt à remettre mon yak sur ses deux roues!

Notre véritable départ historique enfin, sous la protection tutélaire du Shanti Stupa, construit par le moine bouddhiste japonais Gyomyo Nakamura en 1991

Oui, vous avez bien lu: « la plus haute route carrossable au monde »!

Septembre 2002: sprint final au Kardhung-la!