Ladakh/Zanskar #1: Vertigineux
Publié le 17/07/2026
Il y a quelque chose de vertigineux à s’échapper en pleine canicule d’un trente mètres carrés pour les espaces himalayens, rassembler mille choses, s’envoyer en l’air à 10’000 mètres d’altitude, à une vitesse minimale de 800 km/h (reliant des non-lieux aséptisés et bâtis hors sol que sont les aéroports) puis, à la sueur de son front, gravir les plus hauts cols à une vitesse à peine supérieure à celle du pas…

Les caravanes de chevaux ou de chameaux de Bactriane ont permis à Leh et au Ladakh de se placer au centre d’un réseau de la route de la Soie, connectant l’Inde, la Chine Le Tibet et l’Asie centrale. Il fallait trois mois pour sillonner les 3000 miles de Leh et Lhassa, un mois pour parcourir les 548 miles de Leh à Yarkand, longtemps pour atteindre des régions aussi disparates que le Cachemire et l’ Afghanistan et les villes-état de Samarkand et Bukhara. Un transit d’autant de marchandises que d’idées. Il y a une corrélation majeure entre le Palais royal qui surplombe Leh et le Potala à Lhassa construit 50 ans plus tard. Depuis, la géopolitique moderne a verrouillé les frontières d’un Ladakh militarisé et aujourd’hui touristifié, ceinturé par le Pakistan et le Tibet colonisé sous l’implacable joug chinois.

Avec la construction de routes et de tunnels, c’est désormais toute l’Inde qui monte au Ladakh, un pays-continent qui explose de diversité : mendiants, joueurs de musique rajpout à la tête ceinturée d’un turban coloré, faciès foncé du sud de l’Inde, commerçants cachemiris, jeunes branchés, trekkers, Israéliens en nombre. L’aéroport est en plein agrandissement. Les hôtels se construisent plus vite qu’il ne faut pour le dire, cafés et restaurants branchés offrent des menus internationaux. Le centre de Leh est devenu un nouvel eldorado touristique: la capitale du Ladakh possède désormais sa passegiata illuminée le soir venu, la seule partie de la ville désormais absente de voitures et de Royal Endfield, ces motos autrefois anglaises. Bruit, circulation, inflation, pression hydrique dans une région environ deux fois plus petite que la Suisse, qui subit de plein fouet le réchauffement climatique.


La montagne n’est pas de celle que l’on presse. Et pour l’heure, à 3500 mètres d’altitude, sur le plancher des yaks du Pays des Cols, je me repose et m’évertue à m’acclimater avant de prendre la route.
