Cycliste par nature

Publié le 14/06/2018

Ma vie aurait sans doute été une erreur sans bicyclette. Cyclo ergo sum, je suis un cycliste par nature. Mon vélo me rend plus vivant, plus humain, il est le meilleur baromètre de mes humeurs et mon optimale connexion au réel. Il stimule mon attention à l’environnement et aux détails, se passe d’écran, et me permet de vivre en descente l’euphorie d’un vol d’oiseau. La nature même de l’homme : des racines et des ailes, de la profondeur et de la légèreté.

Plein de grâce et sans cuirasse, le vélo accentue nos formes imparfaites et nos inclinaisons intérieures : notre nature ! Moteur (de recherche) intuitif de notre propre existence, terrestre et céleste, il nous transporte au propre comme au figuré, avec une efficience énergétique inégalée, plus élevée que celle du martinet ou du saumon. Le vélo symbolise le développement prometteur et durable et rétablit une cohérence au milieu du chaos. Il simplifie la vie et réenchante le monde. N’empruntant le paysage pour ne lui abandonner que notre sueur, il lui restitue son silence et son air pur. Un coup de guidon et le monde se renverse. Un nid-de-poule, un chauffard, un coup de pompe ou une irruption volcanique et le monde nous renverse.

Voyager à deux-roues, c’est oser le grand dehors, vivre aux antipodes d’un statique Ballenberg ou d’un frileux réduit national, l’un et l’autre contre nature. L’instinct contre la « raison ». Notre vulnérabilité devient alors notre force. Foin de suissitude, nous sommes tous des riverains du monde, frontaliers de notre destinée, centrifugés de la révolution terrestre.

Le monde ne se laisse pas mettre en pièces, ni en cartes ou en poche – tristes frontières ! Et le voyage est un chemin, sans cheminée ni parchemin. Rien de tel qu’un vélo pour palper, bien au-delà de leurs différences, l’insondable unité des hommes. 10’000 ans de sédentarisme n’ont pas réussi à dompter la vraie nature de l’homo sapiens devenu cycliste il y a tout juste 201 ans : le mouvement. Car notre nature profonde est de tourner comme notre bonne vieille planète. Et peut-être bien que le seul moyen de ne pas perdre son temps, c’est tout simplement de le prendre. Ce n’est donc pas de la réalité augmentée ou d’un monde soudainement arpenté qu’il s’agirait d’inventer, mais d’homme émerveillé, à retrouver comme l’achèvement absolu de la pensée.

Le vélo est révolution. Sa vraie nature est émancipatrice et démocratique. Il transforme la ville et la vie, révèle la nature d’un homme ou d’une femme, nous relie à nous-mêmes et aux autres, infléchi une course à la vitesse qui érode jour après jour un peu plus notre réflexion. Le vélo est un véritable chaînon manquant de notre évolution vers plus de liberté, son usage quotidien, une marque intangible de responsabilité face à notre santé, celle des autres et de l’environnement.

yak

Article publié en français et en allemand dans le magazine “l’environnement”, 2 /2018, OFEV.